EXEMPLE DE POSTURE GESTALTISTE : LA PERSONNALITE HISTRIONIQUE

05/01/2014

 

Les Histrioniques - autrefois appelés Hystériques - sont parmi ceux qui ont le plus recours à la psychothérapie en clinique privée car ils aiment parler d'eux et se mettre en scène.

 

Pourtant cela cache souvent une réelle souffrance. Voici un aperçu de la posture gestaltiste :

A. ENVISAGER LA PERSONNALITE DANS SON INTEGRALITE


Pour le Thérapeute Gestaltiste, dans les pas de Lucien Israël, la Personnalité Histrionique présente également des traits de caractère positifs qu’il convient d’intégrer en complément des traits de souffrance décrits dans le DSM-IV. C’est au demeurant la posture naturelle d’un Gestaltiste, quelles que soient la pathologie et la névrose concernées.

 

Les Histrioniques sont des personnes qui ont des traits de Personnalité constructifs comme :



• l’intuition
• la créativité
• la réactivité
• la fantaisie
• le jeu, le ludique
• la drôlerie
• la convivialité et la jovialité
• la souplesse d’esprit
• la spontanéité
• la confiance en l’autre



Ils sont potentiellement artistes, souvent doués pour la comédie.

B. STRATEGIE THERAPEUTIQUE
 

La reconnaissance du trait ou de la névrose Hystérique ou d’une Personnalité Histrionique par le thérapeute Gestaltiste, permet de trouver des idées thérapeutiques pour mobiliser le client. Voici quelques pistes de travail non exhaustives :


Développer le pôle Obsessionnel


La « roue des Personnalités » de Serge Ginger permet de travailler avec les polarités : avec l’Hystérique, le thérapeute peut travailler, entre autres, avec la polarité obsessionnelle par un travail en croissance.

Reconstruire l’estime de soi


L’Hystérique/Histrionique a une profonde altération de son Narcissisme et son environnement peut ou a pu, étant enfant, manipuler ou récupérer son Hystérie naturelle et saine : par exemple, enfant qui montre son zizi et qui se fait battre ou qui éveille un désir pédophile chez un adulte. Un travail sur la reconstruction de l’estime de soi est donc conseillé.


Combler le besoin de reconnaissance et d’amour


Le thérapeute participera à reconnaître l’Hystérique/Histrionique dans son manque d’affection, y compris dans ses tentatives de charme. Il pourra ainsi trouver l’affection autour de lui, autrement que par l’érotisation et la séduction artificielle et systématique. Il y a d’autres moyens d’être reconnu et il doit les prendre en considération. Gilles Delisle dit que dans sa gestion du contre-transfert, le thérapeute qui accepte d’être remis en question par l’Hystérique/Histrionique va lui permettre de vivre sa capacité à être avec sérénité, confrontée à elle-même, et non plus dans un jeu de séduction.


Recentrer sur la réalité et le détail


Il est nécessaire pour le thérapeute de se dégager du déferlement dramatique exprimé par l’Hystérique/Histrionique, tout en continuant à le soutenir, à le contenir et à l’écouter. Un sérieux travail de tri et de sélection dans le contenu de ce qu’il raconte doit être effectué.


Nommer et préciser les émotions


Au plan émotionnel, l’Hystérique/Histrionique aura besoin que le thérapeute nomme les sensations et les émotions, car il est souvent perdu dans une exagération sensitive et est souvent incapable de faire la différence entre colère et excitation saine par exemple. Tout travail de dépliement, de détricotage, de recherche des événements les plus petits, sera utile à la reconstruction des repères.

L’Hystérique/Histrionique ayant pu être abusé, de façon réelle ou fantasmée – de manière brutale ou subtile - dans son passé (détournement d’un désir de l’organisme par l’environnement), le thérapeute doit dans un premier temps se montrer distant et soutenant à la fois, afin de ne pas répéter le phénomène d’abus. L’Hystérique/Histrionique a une perception floue de sa frontière-contact. Le thérapeute doit donc veiller à restaurer une frontière nette et précise.


Dédramatiser l’expression


L’excitation perpétuelle et le goût pour le théâtral de l’Hystérique/Histrionique, est un remède à son ennui, à sa solitude existentielle voire à son sentiment angoissant de finitude. Le thérapeute pourra l’inviter à connaître en séance les vertus du silence, du calme et de l’apaisement.

Réduire la symptomatologie


Pour accompagner des personnes qui auraient des traits d’hystérie de conversion, on peut s’inspirer de la triangulation de Sami ALI (théorie relationnelle unitaire) qui schématise la psychosomatique : CORPS - IMAGINAIRE - CONTACT

 

La névrose résulte ici d’une déflexion d’un stimulus extérieur (par exemple, l’intrusion d’une mère provoque un eczéma chez un enfant). Le travail du thérapeute sera d’accompagner son patient dans un travail minutieux de reconnaissance de ses symptômes et des liens affectifs qu’il peut faire dans les phases précédant l’apparition de ses symptômes.

Recentrage, méditation et introspection pourront être développés avec lui par le thérapeute, s’il a des compétences psychocorporelles. Sinon il pourra lui proposer un travail corporel apaisant par ailleurs : relaxation, sophrologie, massage… et d’entrer en lien avec un psychosomaticien afin de travailler sur la résolution des symptômes.


Différencier responsabilité et culpabilité


Par l’insistance sur la nécessité de l’engagement dans la thérapie, l’Hystérique/Histrionique, pourra passer de la culpabilité fantasmée à la responsabilité engagée. En effet, ses jeux de séduction sont un évitement du contact et de sa responsabilité existentielle et l’excitation soudaine et perpétuelle suscite immédiatement chez lui confusions et angoisses. Comme orientation de travail, il faudra miser à mettre en échec le processus de déresponsabilisation, de culpabilisation et d’introjection.
Le thérapeute pourra amener l’Hystérique/Histrionique à avoir accès à sa fonction « moi » en lui faisant expérimenter qu’il a des choix possibles et en mettant au jour ses nombreuses introjections. Le patient devra percevoir que le désir en lui-même est inoffensif mais que l’agir peut l’être et passer de l’irresponsabilité de la fonction « ça » à la responsabilité de la fonction « moi ». Quant au travail sur l’introjection, le travail portera sur la fonction « personnalité » très faible puisque les épisodes de contacts sont limités.
Globalement, il conviendra de s’attacher à un meilleur traitement des excitations de la fonction « ça », un ralentissement de leur mobilité et une relativisation de leur intensité.


Assainir le contact


Face aux tentatives de séduction et d’érotisation de la personnalité Histrionique, il convient de lui montrer que le thérapeute peut s’attacher à lui autrement ; qu’il a d’autres atouts que sa séduction et la sexualité pour entrer en contact. Cela renforcera au passage son estime personnelle et lui permettra de nouer des relations plus profondes et authentiques et de l’ouvrir à la possibilité de relations sexuelles non anxiogènes.

Plus largement, nous avons vu qu’en « mode ça », le désir de l’Hystérique/Histrionique est flou, il est souvent confondu avec le désir de l’autre (confluence), des stéréotypes (projection) et il a peu de sensations ancrées. En « mode moi », s’il s’oriente, décide ou choisit, c’est souvent sur un mode délibéré ou contraint (introjection). En « mode moyen », il connaît donc peu le plein-contact, car il y a souvent fuite à l’étape du pré-contact (séduction sans suite, déflection) et les rares contacts sont inauthentiques (jeu de rôles ou actions délibérées) ou douloureux car le retrait est anxiogène. Enfin en » mode personnalité », l’assimilation est rarissime puisque le cycle ne se développe jamais complètement.



Un travail sur les modes du cycle de contact et les modes de régulation sont donc nécessaires :



• l’aider à ressentir vraiment et à développer ses propres désirs
• l’autoriser à exprimer ses désirs propres
• l’aider à prendre des décisions issues de ses propres ressentis
• travailler sur ses multiples introjections
• l’aider à rester ancrer afin de ne pas défléchir (rire, excitation, érotisation…)
• lui laisser le temps de l’assimilation (silences, repos, méditation…)



L’intervention thérapeutique consiste à faire prendre pleinement conscience du processus de cycle de contact avant qu’il ne s’enraye. Il faudra calmer le jeu en encourageant la rétroflexion qui consiste en un salutaire contrôle de soi et en parallèle ramener l’Hystérique/Histrionique à l’ici et maintenant en dénonçant les projections et déflexions qui alimentent le processus pour arriver à l’angoisse sous-jacente et à l’introjection fondamentale.


L’être thérapeute


Globalement, dans son être, le thérapeute devra veiller à être toujours centré et non dispersé, tolérant et accueillant, face à une personnalité souvent « agaçante » et « tous azimuts ». Il sera contenant et soutenant et veillera par sa juste distance à ne pas être « manipulé ». Il pourra ainsi dépister les idées suicidaires et l’état dépressif sous-jacent. En reconnaissant sa souffrance, cachée en apparence sous la joie et l’excitation, il désamorcera les tentatives d’évitement.

 

 

 

 

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